🇫🇷 Portrait · Ultra-trail
Hugo Deck
Né le 3 novembre 1999 · Strasbourg · Installé dans le Var · adidas TERREX
Portrait
Avant de gagner la Diagonale des Fous, Hugo Deck a passé une dizaine d'années à dribbler. Né à Strasbourg, il grandit dans le sud de la France, du côté de La Roquebrussanne, dans le Var, et joue au basket pendant une dizaine d'années, à un niveau régional. Il découvre le trail en 2016 et se tourne progressivement vers les longues distances. Dans un entretien accordé à Distances + en 2023, il expliquait que le basket lui avait appris à gérer la pression des compétitions collectives - et qu'il appréciait, en trail, de pouvoir assumer seul ses choix, ses réussites comme ses échecs.
Les résultats arrivent tôt : 3e de la YCC puis 5e de la CCC en 2021, une période où la presse le présente déjà comme « l'espoir du trail français » et où son rêve avoué est de remporter l'UTMB. Il s'impose ensuite sur le 100 miles du Nice Côte d'Azur by UTMB en 2022, puis sur l'Ultra-Trail Cape Town 100K en 2024. En 2025, la MaXi-Race d'Annecy lui offre une victoire de prestige, mais la fin de saison est en dents de scie. 2026 sera tout l'inverse : Innsbruck, MaXi-Race, Gabizos, KAT100 - et pour finir, la Diagonale.
🌋 La Diagonale des Fous 2026 : la victoire de la patience
Ce n'était pas forcément le nom que tout le monde avait coché en premier : face à des têtes d'affiche comme Tom Evans, Hugo Deck partait avec le statut de bon outsider. Parti jeudi 15 octobre à 22 h de la Ravine Blanche, sur le parcours le plus long de l'histoire de l'épreuve (environ 180 km et 10.200 m de D+, sans passage par Cilaos), il laisse d'abord filer. Vincent Esmiol prend les commandes et passe une grande partie de la nuit seul en tête. Deck, 14e au Domaine Vidot (km 14), remonte tranquillement : dans le groupe de tête à Notre-Dame de la Paix, 4e au Nez de Bœuf, 3e à Mare à Boue, puis 2e à Hell-Bourg (km 81), à environ 25 minutes d'Esmiol.
Le basculement se joue dans Mafate. À Grand Place (km 107), l'écart est passé sous les 18 minutes ; à Roche Plate (km 115), Esmiol, gêné par des soucis gastriques, ne compte plus que 7 minutes d'avance. Deck recolle, puis double Esmiol à mi-pente de la montée du Maïdo, vers le 120e kilomètre. Une vidéo prise d'en haut (drone ou hélico) a immortalisé l'instant : sur de hautes marches d'escalier, les deux hommes échangent quelques mots et se tapent dans la main - puis Hugo s'éloigne rapidement. Au sommet, à 13h43 (heure de La Réunion), il possède déjà 18 minutes d'avance. À Ilet Savannah (km 140,4), elles sont devenues 42. Il franchit la ligne du stade de La Redoute le vendredi 16 octobre vers 20h54, en 22h54'19 - avec 57'35" d'avance sur Robin Juillaguet (auteur d'une belle remontada), et plus d'une heure sur Jérôme Vanderschaeghe (24h10'35"). Chez les femmes, la Néo-Zélandaise Ruth Croft s'impose en 27h13'23, seule en tête de bout en bout.
« C'est la plus belle course de ma vie. »
- Hugo Deck, après sa victoire à la MaXi-Race 2026
Palmarès sélectif
Parcours
L'art d'attendre
Ce qui frappe, derrière le chrono, c'est la façon dont cette victoire s'est construite. Hugo Deck n'a pas mené la Diagonale pendant les trois quarts du chemin : il a laissé Esmiol dicter le tempo, refusé le duel prématuré et choisi son moment dans la partie où l'épreuve devient traditionnellement la plus cruelle. Une lecture de course qui doit beaucoup à ses années d'apprentissage : les abandons sur les grandes courses internationales, le travail avec un préparateur mental, et ce qu'il a appris de ses saisons ratées.
À 26 ans (27 le 3 novembre), le basketteur devenu traileur vient d'inscrire son nom au palmarès de la Diagonale des Fous dès sa première tentative - et, sur la plus longue édition de l'histoire, sous la barre des 23 heures. Le record de précocité reste à Kilian Jornet, sacré en 2010 à 22 ans - mais Hugo est loin d'être un vieux sage : l'avenir lui appartient encore.