🇨🇭 Portrait · Ski-alpinisme · Skyrunning · Trail court
Rémi Bonnet
Né en 1994 à Fribourg · Suisse · Salomon
Portrait
On le surnomme parfois le "Kilian Jornet suisse" — et la comparaison n'est pas usurpée. Comme le Catalan, Rémi Bonnet refuse de choisir entre les disciplines de la montagne : ski-alpinisme, skyrunning, trail court. Il excelle partout, simultanément, et trouve même le moyen de battre des records du monde au passage. Discret, fribourgeois, peu adepte de la mise en scène, il laisse ses jambes — et son dénivelé avalé — parler pour lui.
Repéré dès 2014 en ski-alpinisme, où il termine 3e junior de la coupe du monde, Bonnet grimpe les échelons à toute vitesse. En 2016, il fait partie des deux meilleurs espoirs mondiaux du circuit avec l'Autrichien Anton Palzer, décrochant l'argent aux Championnats d'Europe espoirs. Mais c'est sa polyvalence qui le distingue : dès 2018, il bascule aussi sur le circuit skyrunning des Golden Trail Series — partenariat oblige avec son sponsor Salomon — et remporte directement Zegama-Aizkorri, devant le Norvégien Stian Angermund.
⚡ Fully 2025 : la meilleure performance de l'histoire ?
Le 18 octobre 2025, au Kilomètre Vertical de Fully — 1,92 km, 1000 m de D+, pente moyenne supérieure à 50% — Rémi Bonnet réalise ce qui restera sans doute comme l'une des performances les plus pures de l'histoire de la course en montagne. Et le scénario est presque cinématographique : il bat le record du monde une première fois à l'entraînement, la veille, avant de récidiver le lendemain en course officielle.
Record du Monde du Kilomètre Vertical — Fully, Suisse, 18 octobre 2025.
Ancien record : Philip Götsch (ITA) — 28'53 (2017).
Bonnet pulvérise la marque de 1 minute et 32 secondes — un gain énorme sur un effort de moins de 28 minutes.
669 coureurs au départ — le héros local efface l'histoire devant son public.
« Je ne pensais pas que c'était possible », confiera Bonnet après la course. « J'ai pensé que j'étais parti un peu trop vite quand j'ai vu les premiers écarts. Ensuite, je me suis dit que d'après ce que je ressentais, tout allait bien. » L'ascension, il l'a pourtant déjà gravie une cinquantaine de fois dans sa carrière — c'est cette familiarité absolue avec le terrain qui lui a permis de sentir, au bon moment, que le jour était spécial.
Pour beaucoup d'observateurs du circuit, descendre sous les 28 minutes sur un kilomètre vertical officiel relevait jusqu'alors de la science-fiction. Dommage que ce format ne soit pas encore intégré aux classements ITRA — la performance mériterait amplement une reconnaissance plus large.
« Ma motivation première pour établir ce record du monde était d'aller le plus vite possible, et j'ai senti que c'était le bon moment pour moi. »
— Rémi Bonnet, après son record à Fully
2026 : Le retour en maître à Chamonix
Ce dimanche, Rémi Bonnet a remporté de main de maître le Marathon du Mont-Blanc à Chamonix. À 31 ans, "la fusée fribourgeoise" a rallié l'arrivée après 42 km de course et 2540 m de dénivelé positif, en 3h33'14 — devançant le Français Frédéric Tranchand et l'Espagnol Manuel Merillas Moledo. Il avait déjà inscrit son nom au palmarès de cette mythique course en 2023 : un second sacre qui confirme sa maîtrise du format.
Autre Suisse à s'être illustré ce jour-là : le Vaudois Adrien Briffod, ancien triathlète, termine au pied du podium. Une nouvelle démonstration de la force du trail suisse sur la scène internationale — Bonnet en tête de proue.
Palmarès sélectif
L'art de tout faire, et de tout faire bien
Ce qui rend Rémi Bonnet unique dans le paysage de la montagne, c'est cette capacité à exceller dans des disciplines aux exigences pourtant très différentes. Le ski-alpinisme de Coupe du Monde demande une explosivité et une technique de conversion ski/portage redoutables. Le skyrunning vertical exige une puissance pure sur des pentes à plus de 50%. Le trail court, lui, réclame une science de la relance et une gestion tactique sur 40 km.
Bonnet a fait sienne les trois. Sa victoire au Marathon du Mont-Blanc 2026, intercalée entre des sorties en ski-alpinisme et son record du monde de KV quelques mois plus tôt, illustre cette polyvalence rare — la même qui a fait la légende de Kilian Jornet avant lui.