🇪🇹 Portrait · Marathon Olympique
Abebe Bikila
Né le 7 août 1932 à Jato, Éthiopie · Décédé le 25 octobre 1973 à Addis-Abeba
Portrait
Le 7 août 1932 naît à Jato, en Éthiopie, un enfant dont la date de naissance coïncide, à quelques fuseaux horaires près, avec le marathon des Jeux Olympiques de Los Angeles. Hasard ? L'histoire dira que non. Abebe Bikila remportera l'épreuve 28 ans et 32 ans plus tard, à Rome puis Tokyo — pieds nus pour la première fois, avec des Asics pour la seconde.
Son père berger décède avant sa naissance. Élevé par son grand-père, Bikila rejoint en 1957 la Garde impériale de l'empereur Haïlé Sélassié, gravissant les rangs jusqu'au grade de capitaine. Il pratique le tennis, le basket, l'athlétisme. Repéré par l'entraîneur finlandais Onni Niskanen, qui pressent en lui un talent hors du commun, il se concentre sur la course de fond.
Le 10 septembre 1960, sous les torches qui éclairent le parcours nocturne entre le Capitole et l'Arc de Constantin, Bikila franchit la ligne en 2h15'16 — nouveau record du monde, pieds nus sur les pavés romains. Il est le premier athlète d'Afrique noire médaillé d'or olympique. Sa modestie, ce soir-là, est désarmante : « Dans la Garde Impériale, il y a beaucoup d'autres coureurs qui auraient pu gagner à ma place. »
Quatre ans plus tard, à Tokyo, il récidive. À peine remis d'une appendicite, chaussé de baskets Asics cette fois, il boucle le marathon en 2h12'11 — nouveau record du monde. Il finit la course, s'arrête, et entame des exercices de stretching sur la ligne d'arrivée. L'icône est totale.
« Je voulais montrer à l'Éthiopie et à l'Afrique que nous pouvons gagner. Pas pour moi — pour mon pays. »
— Abebe Bikila
Palmarès
Records du monde
Parcours
L'héritage
Bikila n'a pas seulement couru un marathon pieds nus — il a ouvert un continent. Sa victoire de 1960 est le point de départ d'une domination africaine sur les épreuves de fond qui ne s'est jamais démentie depuis. Mamo Wolde, Miruts Yifter, Haile Gebrselassie, Kenenisa Bekele, Eliud Kipchoge… Tous sont les héritiers de cet homme qui courait pieds nus dans la nuit romaine.
Son image a aussi alimenté le débat autour du minimalisme en course à pied. Christopher McDougall, dans Born to Run, le cite comme figure tutélaire de l'idée que l'humain court naturellement — avant même que les chaussures à plaque carbone ne relancent le débat dans l'autre sens.
Ce qui reste surtout, c'est la puissance symbolique de ce moment : un homme d'Afrique, issu d'une famille de bergers, qui arrive en remplaçant de dernière minute et bat le record du monde pieds nus devant les caméras du monde entier. Le sport, parfois, raconte l'histoire mieux que les livres.
« Dans la Garde Impériale, il y a beaucoup d'autres coureurs qui auraient pu gagner à ma place. »
— Abebe Bikila, après sa victoire à Rome 1960